PARENTAL ADVISORY EXPLICIT CONTENT.
« Ready ? » me lance Pablo tandis que je termine de me maquiller aux toilettes. Ce soir, c’est la toute première KINK NIGHT à L’Odyssex. La soirée a été annoncée sur les réseaux comme la plus grande partouze littéraire et poétique jamais organisée à Paname, et, en tant que contributrice du fanzine, je me suis engagée à venir lire un extrait de mon roman dont je vous révèle enfin le titre : BLOW JOB.
Il faut savoir que je n’ai encore jamais lu ma prose en public donc je stresse à mort. J’imagine une horde de jeunes gens aux abois, prêts à me jeter des fioles de lubrifiant et autres godes à la figure. J’entends d’ici leurs petits rires narquois… Ça y est, je sens la tachycardie qui monte.
— T’as pas un truc pour moi ? je demande à mon +1.
J’avais droit à un +1 et Pablo a accepté d’en être, trop heureux de pouvoir effectuer le repérage incognito de son futur local… Oui, notre jeune Xavier Niel a toujours pour projet de convertir L’Odyssex en lieu de culte 3.0.
La liberté de choisir. DR
Pablo vient m’apporter une plaquette de Xanax. Je détache un comprimé et l’avale avec l’eau du robinet.
— Merci.
— C’est normal.
On ressort des ouatters.
— Comment tu te sens ? s’enquiert-il en se rasseyant dans l’alcôve.
— Mieux, mais ça t’embêterait de me faire répéter ?
— Je n’osais pas te le proposer.
Je ranime mon Mac, ouvre Word au chapitre X. Me rappelle soudain que Pablo est chaste.
— Par contre, je préviens, c’est assez cru…
— En même temps, tu vas lire dans un sex-shop, pas dans un Monoprix, me répond-il en toute décontraction.
— T’es sûr ?
— Mon but, c’est que ce soir, tu aies trouvé ton éditeur. Qu’est-ce t’en dis ?
— Ça serait super. Bon. Pour te donner le contexte, Lola, la narratrice, a de bonnes raisons de penser qu’elle va se faire virer de son journal. Là, elle profite qu’il n’y a plus personne dans l’open-space pour aller voir son boss et tirer ça au clair.
— Capté.
Je commence à lire tout haut :
Fabrice fit pivoter son siège en direction de la baie vitrée. Manifestement, il avait besoin de réfléchir. Lola scrutait son beau visage soucieux dans le reflet. Son N+2, d’habitude si enthousiaste, semblait en proie à un dilemme insurmontable.
Pablo :
— C’est du ChatGPT ?
— Quoi ?
— Ah non. Excuse-moi…
Je reprends :
« Pauvre Fabrice… pensa Lola, c’est vraiment quelqu’un de bien mais pour ce qui est de dire merde au Septième, il n’y a plus personne... »
— Le Septième ? intervient à nouveau Pablo.
— Étage. Celui de la Direction. Mais tu comptes m’interrompre à chaque phrase ?
— Pardon. C’est juste que c’est complexe.
— Et si je démarre ici ?
La Tour Eiffel se mit à scintiller. Lola en profita pour s’approcher sans bruit. Elle posa sa main sur l’épaule de son boss et murmura : « Fabrice, c’était une erreur bête et stupide… Je veux dire, je n’ai rien fait de… MAL ! »
— Attends, question : qu’est-ce qu’elle a fait Lola, exactement ?
— Elle a écorché le nom de l’Actionnaire Principal du Groupe dans un article. Le gars est un milliardaire sans foi ni loi. Son conseiller personnel lui a fait remonter son papier. Du coup, oncle Picsou a appelé son N+2 pour lui demander sa tête.
— Et c’est vraiment arrivé ?
— Plus ou moins. Mais laisse-moi avancer, sinon, on va pas s’en sortir.
Je poursuis :
Soudain, une sonnerie retentit. Fabrice décrocha son portable et Lola reconnut la voix de Claudia, qu’elle connaissait pour l’écouter religieusement, chaque matin, à la radio. Fabrice consulta sa Rolex et informa son épouse qu’il avait été retenu au journal pour un problème mineur, mais qu’il partait tout de suite. Elle n’avait qu’à laisser son billet à l’accueil. Pendant ce temps, la Tour Eiffel continuait de scintiller, indifférente à la scène. Fabrice raccrocha et se leva pour attraper son manteau à la patère…
Pablo :
— La patère ?
— C’est un petit crochet pour suspendre ses vêtements. T’as raison, j’enlève.
— Non non. Juste, c’est quand le cul ?
— Ça arrive. Il te reste du Xanax ?
— T’es sérieuse ?
— Ouais, ça empire là.
— Tu veux pas attendre que le premier fasse effet ?
— Je PEUX PAS.
— OK, un quart alors.
Il casse un comprimé dont je gobe un ersatz avec un fond de thé froid.
Je continue :
Sans réfléchir, Lola se jeta à genoux : « Fabrice, pardon, j’ai été trop vite… C’était le bouclage, il était tard, les SR étaient débordés…
— SR ?
— Les Secrétaires de Rédaction, ceux qui corrigent les fautes.
Ils m’ont fait confiance, et j’ai été indigne de leur confiance… fit Lola. Mais ça y est, j’ai imprimé le bon orthographe… » Fabrice la corrigea : « La ». « La quoi ? » demanda Lola…
Je m’arrête net. Mon sparring-partner est en train de consulter son téléphone. Il relève la tête :
— Bah enchaîne !
— Non.
— Pourquoi ?
— Si tu décroches c’est que c’est nul.
— Lisa. Au risque de me répéter, va directement au cul. C’est ce que les gens veulent et tu dois le leur donner. Vas-y.
Je survole ma page en mode x 1,5 :
« Ça y est, pensa la jeune rédactrice. C’est officiel. Je ne fais plus partie de la rédaction. » Elle sentit les sanglots monter… se traîna à ses pieds… baisa la pointe de ses Berluti… jusqu’au niveau de sa braguette…
— Voilà. On y est.
Je repasse en x 1 :
« Lola ! Non ! » fit Fabrice. C’était bien la première fois qu’elle l’entendait émettre un avis contraire. Lentement, elle abaissa la fermeture éclair et y fourra son nez. Sans surprise, ça sentait le propre. Lola se mit à masser la queue de Fabrice à travers l’étoffe du caleçon. Quand elle fut raide, elle la sortit pour l’examiner au faisceau de la Tour Eiffel. Rien à dire, c’était une queue très universelle, toute rose et parfaitement profilée. Lola y déposa délicatement ses lèvres. Fabrice cria : « La capote !! » Ainsi Fabrice faisait-il partie de cette élite, tétanisée par les maladies vénériennes. Lola avala la queue rose. « Ooooh noooon !!! » laissa échapper Fabrice.
Pablo tousse.
— Quoi ?
— Forceuse, la Lola…
Lola se mit à pomper. La queue semblait apprécier. Pompe. C’était une brave queue. Pompe pompe. Les mandibules de Lola salivaient tant et plus. Pompe. Fabrice n’émettait plus aucun son. Son portable sonna à nouveau. Fabrice se recula mais Lola resserra son emprise en prenant ses testicules dans le creux de sa paume. Elles étaient étonnamment petites et dures. Elle les serra très fort. Pompe.
Pablo pouffe.
— QUOI ?
— T’es sûre que c’est pas ChatGPT ?
Je lui dégaine mon majeur.
À présent, la queue de Fabrice prenait toute la place dans la bouche de Lola. Elle pouvait sentir le gland se déployer, gonfler et palpiter contre son palais. Pompe pompe. Ce faisant, le portable continuait de sonner dans le vide... Pompe. Son visage était comme déformé par une douleur atroce. Pompe pompe. « Lola… haleta Fabrice, tu as… un… talent fouuuuu… » Le gland se rétracta sur sa langue. Lola s’attendait à sentir gicler le lait saumâtre d’une seconde à l’autre quand soudain un bruit sourd sur la moquette lui fit lever la tête.
Peter se tenait dans l’encadrement de la porte, un jeu d’épreuves éparpillé à ses pieds.
— Hein ? C’est qui, Peter ? me coupe Pablo.
— Un SR, et accessoirement le petit ami de Lola.
— Tu veux dire Primo, ton ex ?
— Écoute, tu verras.
Peter ne bougeait pas. Un vague sourire flottait sur ses lèvres. Lola reprit sa besogne. Pompe… Peter s’approcha sans bruit et vint s’accroupir près d’elle. Il lui murmura : « Je peux ? » Lola se dégagea et le regarda, fascinée, prendre la queue de Fabrice. Non, elle ne rêvait pas. Peter était bien en train de finir le job à sa place. Quant à leur N+2 il n’émettait plus que des sons gutturaux. Oh mon Dieu ! réalisa Lola, Peter est bien meilleur que moi !!
— Ah, ça commence, me signale Pablo en pointant L’Odyssex par la baie.
— Attends, je termine.
— Garde ça pour ton public.
— Euh mais t’en dis quoi ?
— Je suis hétérosexuel, me répond Pablo, soudain très fermé.
— Et alors ?
— Bah je peux pas juger un texte gay.
— Je veux juste savoir si ça fonctionne. C’est le cas ?
— Peux pas te dire.
— Juste un mot ?
— Haram.
— Pablo ! Dis-moi vraiment !!! Je lis ou pas ?
— C’est toi l’écrivain. Si tu penses que ce texte est bon, alors vas-y. Lis-le.
— Et si j’y vais pas, il se passe quoi ?
— Bah rien.
— OK. Donc on y va.
Je me lève, il se lève. On remet nos manteaux et on sort du Sphinx, direction :
L’Odyssex.
Pardon pour le faux bond de la semaine dernière ! On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode, Inchallah ! D’ici là, charbonnez bien…
Artwork : Dabaaz <3