Séance de massage chez The Blue Orchid.
Vendredi, les avant-bras douloureux d’avoir trop tapé, je décide d’aller me faire masser sur les conseils de Pablo. Sa daronne bosse dans un spa à deux pas de la chicha.
Avenue du Maine, je traverse au niveau du commissariat du 14e ; rase la vitrine de Tout Est Permis, l’auto-école où officie Ange, son beau-père tant honni. Pablo m’a dit de ne surtout pas hésiter à entrer et lui cracher au visage. Fort heureusement, y a personne.
3,8 sur 5. DR
En tournant rue Maison-Dieu, c’est la débandade : The Blue Orchid semble être ni plus ni moins qu’un vulgaire salon asiatique dévolu aux se(r)vices sexuels comme la présence de la camionnette S.A.R.L RIHANNA, parquée en warning sur la place livraison, semble attester.
Je passe devant le coeur battant. M’arrête un peu plus loin pour consulter Google. L’établissement bénéficie d’une cote de 3,8 / 5 étoiles avec trois avis uniquement masculins :
Avis 1 : « Belle découverte que ce salon asiatique à un jet de pierre du cimetière Montparnasse. See you… :)) »
Avis 2 : « Je ne recommande pas. On trouve des protections hygiéniques usagées dans les W.-C., massage autodidacte sans respect pour l'anatomie du corps, parfois très douloureux et sans cohérence (on pétrit la pâte). Caresses orientées vers bonus sexuel. Pas de serviette pour s'essuyer ni pour rester au chaud. »
Avis 3 : « Massage correct. Tatami de qualité. »
OMG, j’ai RDV dans un bordel ! Que faire ? Retourner au Sphinx ? Mais que dire à Pablo dans ce cas ? Que sa daronne est une prostituée ? Le connaissant, il va prendre ça comme une insulte alors que bon : Sex work is work, c’est entendu.
En même temps, je juge peut-être à l’emporte-pièce. Peut-être que The Blue Orchid est tout à fait legit et que c’est mon imagination qui me joue un mauvais tour...
Allez, on se dégonfle pas. Je sonne à la sonnette. Une Asiatique m’ouvre dans un déshabillé de satin léopard. Elle dégouline sous une épaisse couche de fond de teint. Yasmine est là ? je demande tout de go. Yasmine pas disponible, halète-t-elle, en fixant ces yeux torves à côté de mon visage. Ah. Et elle le sera quand ? insisté-je. Yasmine pas disponible, me répète-t-elle en s’épongeant le front. Je n’ai pas le temps de dire ouf que je suis déjà à l’intérieur, porte close.
L’Asiate me refourgue la plaquette des prestations. Voulez laquelle ? s’enquiert-elle en tentant de replacer sa mâchoire dans son axe. J’écarte d’office le « Tantra » et le « Quatre Mains », à respectivement 100 euros et 120 euros, et me rabats sur le « Chinois » à trente, le moins cher.
L’Asiate, secouant la tête : Non pas « Chinois ». Et pourquoi pas ? réagis-je en cliente échaudée. « Chinois » dans un lit, me renseigne-t-elle, sibylline. Comment ça, un lit, une table vous voulez dire ? fais-je en mimant une table. « Chinois » dans un lit, mieux prendre « Thaï », « Thaï » c’est tatami, tatami c’est mieux que lit, m’oriente-t-elle en entrant 40 euros sur son terminal. J’appose ma CB et la suis dans le couloir éclairé de lampions rouges desservant les cabines. De sous la porte de gauche nous parviennent des rires étouffés…
J’entre dans la cabine de droite dont les murs épousent les dimensions exactes du tatami posé au sol avec, pour seul élément de déco, une orchidée bleue factice en pot. L’Asiate m’intime de me déshabiller. Je m’exécute puis m’allonge en culotte, non sans appréhension, à même le tatami. C’est très dur mais très chaud, tiens, étonnant…
Ma masseuse s’installe sur mon flanc droit, en amazone. Je ferme les yeux pour m’offrir à elle… J’ai bien fait de venir ici avant de rendre mon manuscrit, je pense. Ce massage va me faire le plus grand bien. … Les rouvre aussitôt pour m’enquérir de son prénom. Coco, me répond-elle sobrement. O.K., Coco, tu peux y aller… Je referme les paupières et m’abandonne pour de bon, les oreilles plugguées sur la musique zen.
Coco s’attaque à mes omoplates. Elle commence à les labourer à cru vers le haut en faisant rouler le surplus de peau sous ses griffes pointues. Je mentirais si je vous disais que je trouve ça désagréable, c’est même bien, voire très bien, juste, ça serait vraiment TOP si elle mettait de l’huile et arrêtait de renifler toutes les deux secondes.
La voilà qui me pétrit dans l’autre sens. Je sens avec délice ses doigts fourmiller le long de mon épine dorsale puis plonger dans le creux de mes reins. Coco s’y attarde au pouce en appuyant très fort, mais la sensation d’inconfort est aussitôt balayée par les fourches de ses longs cheveux noirs qui me picotent malicieusement. Je pense soudain à Primo, mon ex. Non qu’il était mauvais masseur, non, simplement il était : chauve.
Sans prévenir, Coco rabat ma culotte à mi-fesses qu’elle entreprend de malaxer en les pressant très fort façon serre-livres, puis en les écartant très largement, tel Moïse les eaux de la Mer Rouge, de sorte que je sens l’air s’engouffrer dans mon sillon. Des images interdites déferlent dans mon cerveau. Des images enfouies depuis longtemps, très longtemps, trop longtemps. Faut dire, mon dernier rapport intime remonte à cette fellation foirée avec mon N+2, en 2022.
Coco délaisse subitement mon popotin pour se concentrer sur mon entre-cuisses. Je la sens fourrager pile à l’entrée de mon Saint-des-Saints. Eh merde. Ça m’excite. Oui, ça y est, je suis excitée. À cet instant, je suis fixée sur cette idée : que Coco outrepasse la législation en vigueur et me pénètre manu militari. Idée instantanément chassée par : Oh la la, je suis vraiment une grosse dégueulasse… On dirait Hugues, l’éditeur. Le cul cul le cul… Il avait raison ce con. Le cul, y a que ça de vrai.
Ce faisant, Coco applique une sorte de talc sur ma raie qu’elle aspire bruyamment de sa délicate narine. Mes muqueuses se dilatent… Je mouille. Waaaah, je suis vraiment une… porc. Enfin une truie. Et moi qui m’obstine avec mon manuscrit certifié « Sex-Free » alors que c’est plutôt l’inverse qu’il faudrait faire : « Free Sex ». Ça c’est bon, bon comme l’orgasme que je me prépare à recevoir de la belle Coco… Je me cambre bien à fond pour l’inviter à franchir le rubicon…
Quand soudain : Combien va me coûter ce petit extra ? Cette pensée fait quelque peu retomber mon excitation. C’est sûr, elle va me demander de raquer en plus si je jouis… Ah ! Que la chair est faible ! Je rentre mon con dans le tatami brûlant pour lui signifier mon hésitation. J’ai besoin de réfléchir. Peser le pour et le contre. Les doigts de Coco refoulent vers l’arrière de mes cuisses…
De l’autre côté du couloir, des râles de plaisir. Au moins, RIHANNA a l’air de passer du bon temps, lui. Le veinard beugle : « Yasmineuuuhhh je t'aimeuuuhhhhh !!!! » Grrrr, au diable le surcoût, je me cambre de plus belle, le sexe offert… Les doigts de Coco rappliquent illico… Je les accueille par un soupir. Cette femme est redoutable. Mais je m’en fous, je m’en fous de la thune comme du qu’en-dira-t-on, je vais m’envoyer cette Pute, et ensuite réécrire intégralement mon manuscrit… de fond en comble… remettre du cul… des tartines de cul… puis le vendre à Hugues… ou à un autre… m’offrir au plus offrant… et au moins offrant… les prendre tous un par un… à la fois… Ça y est, les doigts de Coco ont passé l’élastique de mon slip… Allez, vas-y ma Coco, vas-y mon bébé, je suis prête…
Soudain, plus rien. Ça farfouine sous le tatami. Coco doit chercher le matériel adéquat, je pense, la joue collée contre le jonc. Toujours rien. Ma couche, tout à l’heure si chaude, tiédit. Quoi, elle a débranché ? J’ouvre un œil, puis l’autre. Coco me tend une boîte de confiseries :
— 30 minutes ! Fini tatami ! Voulez Quality Street ?
Hey ! On se retrouve bientôt pour un nouvel épisode, Inchallah ! D’ici là, charbonnez bien…
Artwork : Dabaaz <3